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Comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la vie de freelance

« Je suis freelance, mais c’est temporaire. Franchement, je déteste ça. Dès que je trouve un emploi salarié, je le prends. »

Voilà ce que j’expliquais ces six derniers mois à qui avait l’audace de me demander ce que je faisais. Et puis il y a quelques semaines, on m’a proposé un CDI et j’ai réalisé que ce graal tant espéré, cet arc-en-ciel après la pluie, ce rêve exaucé n’était plus la solution à mes problèmes. J’ai réalisé qu’en fait ce statut de freelance commençait à me plaire et que je n’étais pas prête à lui dire au revoir, pas tout de suite.

Quand on commence le travail indépendant

La freelance de survie

Ma carrière de freelance a commencé en décembre dernier quand mon nouvel emploi s’est transformé en cauchemar. Ce poste était plein de promesses. Après plusieurs années à bouger en Afrique du Nord et au Moyen-Orient en tant qu’entrepreneuse, ratée, et salariée, respectée, j’étais ravie de pouvoir rentrer à Paris et avoir une situation mentalement et financièrement stable. Au bout d’un mois, j’ai compris que ça n’allait pas le faire avec mes boss. Un mois plus tard, « nous » mettions fin à la période d’essai. C’était bientôt Noël, je n’avais pas le droit aux allocations chômage et n’avais aucune économie de côté. Merry Christmas !

J’aurais voulu prendre des vacances, prendre le temps de réfléchir à ma vie, mais c’était un luxe que je ne pouvais pas me permettre. Je me suis donnée deux jours de déprime et me suis mise à chercher des client·e·s. Je déteste chercher des client·e·s, je déteste définir des prix, négocier des contrats, gérer la compta, faire des factures, suivre le paiement. C’était quelques unes des raisons pour lesquelles j’avais fermé ma boîte et voulais redevenir salariée. J’étais prise d’angoisse, combien valais-je ? Comment être sûre que je ne me sous-vendais pas ? Et si je proposais des tarifs trop élevés, qu’allaient penser les gens de moi ? Et d’ailleurs, comment allais-je trouver des client·e·s ? Pourrais-je en vivre ?

Mais êtes-vous sûr que le travail indépendant soit la meilleure solution ? Pour son bien ? Pour le bien de la planète Terre ?

Les premiers mois ont été durs, j’ai lu des articles qui n’ont fait qu’augmenter mon angoisse, j’ai relancé tout mon réseau et j’ai fini par avoir une grosse mission : écrire un guide à destination des apprenti·e·s freelances. Utile. Mais les autres pistes sont toutes tombées à l’eau au dernier moment. Les sites de freelance ne me rapportaient aucune demande. Du coup, j’empruntais de l’argent à mes proches et faisais des missions d’hôtesse et équivalent pour quelques jours pour tenter de colmater les trous de plus en plus béants dans mon compte en banque. Je stressais, je maudissais mon nouveau statut de freelance. Je passais 90% de mon temps à postuler à des boulots qui ne me plaisaient que moyen (et à me prendre des rejets aux justifications saugrenues) et 10% à chercher des missions. J’ai coupé toutes mes dépenses, dont le sport et les sorties, je restais chez moi toute la journée, j’avais le moral dans les chaussettes.

Autour de moi, dans les médias, j’entendais parlais de la révolution freelance, du bonheur d’être indépendant·e. Dans la vraie vie, je rencontrais des freelances novices aussi désabusé·e·s que moi. Ce sont ce que j’appelle les « freelances de survie », celles et ceux pour qui ce n’était pas un choix mais un besoin. Et puis il y avait aussi les freelances confirmé·e·s qui regrettaient ce choix et se demandaient si elles et ils allaient continuer, les « freelances déçu·e·s ».

La freelance des opportunités

Et puis, le temps a fait son travail. Grâce à mon réseau et ma prospection, j’ai rencontré plein de personnes. Je me suis lancée à fond dans l’associatif et j’ai retrouvé le bonheur du travail de groupe, la satisfaction d’avoir un impact positif, le plaisir de gérer des projets qui me plaisent, et j’ai rencontré encore plus de monde qui bossait sur des sujets qui me fascinaient. Certains devis des premiers mois ont fini par être signés et les premier·ère·s client·e·s m’ont recommandée ou m’ont commandé d’autres missions. J’avais enfin l’impression d’être reconnue à ma juste valeur. Et puis un jour, j’ai réalisé que j’allais bientôt gagner ma vie. Dans quelques mois je devrais pouvoir rembourser l’argent que j’ai emprunté pour combler les vides de trésorerie de l’hiver. Je respire.

J’ai repris le sport, en trouvant des activités moins chères que celles que je chérie, j’ai accepté que mes potes me paient des verres et j’ai pris deux semaines de vacances, avec l’aide de ma famille toujours là pour moi. La galère me semblait enfin plus facile à gérer.

Et puis surtout, j’ai commencé à voir les aspects positifs de mon statut. Une grande partie de mes missions ne me fait ni chaud ni froid, une petite partie m’agace, mais une autre partie m’éclate. Bien sûr, il existe peut-être un emploi salarié dans lequel je m’éclaterais tout le temps (ou presque). Qui sait… A défaut de l’avoir trouvé, j’ai appris à apprécier mes 30% de missions qui me rendent heureuse et tous les autres avantages de ma nouvelle vie.

A ce point, rien ne sert de résister, autant s’amuser

Je me gère mon planning comme je veux, je peux me prendre une après-midi parce qu’il fait beau et bosser moins juste parce que je préfère gagner moins et chiller plus. J’alterne les activités. Pour une fois, je peux enfin faire tous les métiers que j’ai aimé faire dans le passé – rédaction, journalisme, stratégie de comm, gestion de projet et community management – et je peux travailler sur les sujets qui m’intéressent (diversité dans la tech, futur du travail).

Grâce aux missions reloues qui paient, je peux explorer d’autres activités et faire des missions plaisir qui ne paient pas ou peu. J’ai enfin signé un article dans un magazine papier grand public et je coordonne un hackathon sur l’écriture inclusive. Je rencontre plein de personnes et plein d’opportunités s’ouvrent à moi. Je vois au loin des projets qui me conviennent bien plus que tous les boulots pour lesquels j’ai postulé, mais pour l’instant, je ne peux pas vous en dire plus. Je suis devenue une « freelance des opportunités ».

La freelance heureuse

Alors oui, je travaille toujours seule chez moi, je dois toujours faire des devis et des factures et je stresse presque toujours autant quand je dois parler $$$. J’ai peur de ne pas demander suffisamment et de me faire avoir, j’ai peur de demander trop et de perdre des contrats, je cours derrière les client·e·s pour être payée – ce mois-ci, record, tous mes clients sont en retard – et je me demande si je vais réussir à payer toutes mes factures et impôts. Mais je n’ai plus besoin de prospecter et j’ai appris à accepter cette vie.

Depuis que j’ai refusé un emploi pour continuer à explorer cette flexibilité et ces opportunités, je ne subis plus. J’ai choisi cette instabilité et cet administratif parce que cela m’ouvre des portes et me permets de vivre milles vies à la fois. Depuis que j’ai dit oui au travail indépendant, je suis prête à investir dans cette vie pour la rendre meilleure. Je vais prendre un service de facturation pour gagner du temps et ne plus avoir peur de me tromper et, à la rentrée, je devrais pouvoir me permettre de travailler dans des cafés deux jours par semaine. Tout ce temps que je passais à chercher un boulot, je l’utilise désormais pour profiter de la vie et développer mon image de marque.

Come and get me, je suis prête !

Est-ce que je gagnerai aussi bien ma vie que dans mon (court) emploi précédent ? Je ne sais pas. Est-ce que ce style de travail me rendra heureuse longtemps ? Aucune idée. Est-ce que les projets sur lesquels je travaille en ce moment vont aboutir à quelque chose ? Peut-être pas. Mais en attendant, pour la première fois depuis longtemps, je suis enthousiaste, je vois des possibles futurs, des projets qui pourraient me rendre heureuse et un style de vie, décontracté et nomade, qui me ressemble plus.

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